3 - Rosée sèche
Unkle – Inside Soup
Ce véhicule mouillé d'une trentaine de mètres cube, revenait juste de Vhornetelle, capitale de la petite planète connue sous le nom de Menthe, patrie des oiseaux intelligents, où une pluie intrépide avait entamé son sacerdoce à peine une heure plus tôt. Le temps du voyage n'était pas à considérer puisqu'il se faisait en dehors du continuum commun. Ekka n'était même pus sûr de l'avoir réellement vécu à vrai dire.
Ici, le ciel était rose, tirant sur le mordoré, matinal quoiqu'en plus joli mais surtout il était sec.
La mentanurse descendit du diadème, embouchure du tunnel dimensionnel d'où elle venait de sortir, immense cerceau de métal épinglé en plein ciel à la façon d'un luminaire avant-garde.
Sous cet appareil à la forme très pure, les stim singos volaient par milliers en une large spirale. Tous, des vieux raffiots toussotants aux plus frêles esquifs, transbahutaient des passagers de multiples types et de multiples provenances, pressés de partir ou d'arriver au terme de leur voyage
Le soleil était bas sur la mangrove, incendiant les crêtes des temples comme une déflagration figée derrière un paravent de vapeur froide.
Instantané.
Par delà le tapis de cimes, la crête dorsale de la vastorie, longue de plusieurs kilomètres scintillait dans le levant. On aurait pu voir les millions de mentanurses agglutinées autour des hauts arbres et des très rares constructions publiques conservées par le Communium au titre de "Patrimoine Architectural de l'Accomplissement".
Les cheminées cintrées plus hautes encore que les clochers effilés et que les horloges brunes, les très creux pinacles de la civilisation nouvelle distillaient leur fumée scintillante, nimbes de nano-tacs partis entretenir et remodeler le monde conformément aux programmes du jour.
Les Soufflo allongeaient leur corps creux de plusieurs kilomètres de haut pour redescendre chercher de l'air sous la Voûte Globale et remontaient le libérer en se contractant et en se boursouflant, fantastiques lanternes de papier rougies peuplant le ciel.
Tout le long des ponts en ferraille orangeâtre surplombant la jungle, les ballons tac ghemarü en révolutions lentes et les mécanos chimiargues imbibés de boissons fortes entretenaient des traditions dont la plupart d'entre eux ignoraient la raison d'être. Des réparations inutiles.
Ici la rouille ou du moins son parfum se faisait étrangement agréable. Tout sentait bon en fait.
Aux pieds de ces structures mobiles, le tapis de verdure, quelque peu crevassé, ne masquait pas totalement ses dessous usés, broderies décomposées de tissu urbain, vestiges des siècles passés inondés de vase et de tourbe. Plus bas peut être, à nouveau le ciel enfermé sous l’Ecorce et puis, si loin, le Noyau primordial dont la flore et la faune étaient pour ainsi dire sacrées.
Instantané.
La mentanurse passa sous une ampoule piquetée par l'oxydation et s'engagea sous un chemin de fer aérien en piteux état. Ses pétales transparents et l'étendard dont elle était chastement vêtue flottaient gracieusement dans son sillage. Les fines antennes cartilagineuses qui frétillaient au sommet de son corps accrochèrent une poulie articulée couverte de graisse, amorçant un lent virage autour d’une interminable vis dans un état de délabrement avancé, et suivirent le câble de guidage plutôt douteux avec discipline.
Elle décrocha de son rail aérien branlant et s’engagea dans l’une des collines crevées pour descendre sous la surface verte de la voûte globale.
Elle déplia quatre de ses pattes et se posa délicatement sur les combles étroits d’une tour en ruine à la base très évasée.
Les flancs éventrés de la construction révélaient sa vocation à échanger vers les lointains sous-sols les gaz aériens nécessaires à la survie dans les profondeurs. En contrepartie, elle devait évacuer les inévitables émanations qui embarrassaient les formes de vies intérieures.