Scénario Dialogué
Le journaliste : Bonsoir. Si vous ne l'avez jamais regardée, vous devez néanmoins avoir entendu quelques unes des rumeurs qui circulent sur l'émission de télévision Kyoko dont parlent les jeunes depuis quelques années maintenant. Cette émission dont l'objet initial est de valoriser une ville un quartier ou une région a tellement débordé de son sujet qu'elle s'est trouvée au centre de nombre de polémiques. Depuis que cette émission sévit sur une obscure chaîne du câble, des projets de loi sont à l'étude à l'Assemblée Nationale, Il est question de repenser l'étendue du champ d'action du CSA, et de reconsidérer la notion même de censure. Que ce soit pour les libertés prises par les auteurs ou par les frasques des acteurs qui poussent la marginalité à la limite du sectarisme et dont plusieurs ont déjà été inculpés pour outrages à la pudeur, la controverse ne semble pas prête à s'interrompre. Alors est-ce bien là l'exemple que nous voulons donner à nos enfants à travers ce programme réputé pédagogique ? Et quels secrets se cachent derrière les paillettes et les marionnettes ? L'émission de ce soir tentera de répondre à toutes ces questions et de démêler les ficelles de son financement plus que douteux. Un reportage de Marie François Perrier et Joesandryne Quibernelly.
Une grosse voiture noire vient de se garer. Deux hommes en descendent, l'un est vêtu d'un costume noir d'une sobriété incomparable, l'autre du même costume agrémenté d'un long manteau et d'un chapeau à larges bords. Ils semblent avoir fait une longue route, ils s'apprêtent brièvement et se dirigent vers une maison. On les voit pénétrer à l'intérieur. Là les attendent, un garde barrière en uniforme ainsi qu'une femme du même âge et un enfant, visiblement sa famille. Les hommes s'installent poliment mais sans perdre une seconde et entament une discussion que l'on devine longue. L'homme au chapeau d'ailleurs se plantera devant la fenêtre pour regarder dehors laissant son compagnon s'occuper seul de la conversation.
Le premier homme : Nous ne voulons qu'une chose, savoir ce que vous avez vu.
Nous parlons d'un risque menaçant toute l'espèce humaine, vous me comprenez ?
Le garde-barrière : C'était un train mais il ne ressemblait pas à ceux que j'ai l'habitude de voir, on aurait dit qu'il était squatté par des jeunes. Combien de fois vais-je devoir vous le répéter ? Je dois aller travailler maintenant, vous me mettez en retard.
Le premier homme : Vous n'irez nulle part pour l'instant voici un peu d'argent (il jette une liasse sur la table) et un certificat médical que personne ne remettra en doute. Ils vous ont peut être paru être une bande de jeunes mais croyez moi : Ils sont tout sauf ça.
Le garde-barrière : Alors, on n'est pas fous ? On l'a bien vu ce train ! Si c'était bien un train, il paraissait plus…
Le premier homme : Ecoutez. Je suis venu ici pour m'assurer que vous ne parlerez de ça à personne.
Le garde-barrière : Ah. Et si j'en parlais sans faire exprès par exemple ? Je veux dire, ça peut m'arriver d'être bourré. Ou mon gamin ? S'il en parle à ses copains ? Comment vous pouvez être sûr ?
L'homme qui était devant la fenêtre se retourne d'un air profondément contrarié, on aperçoit alors la garde de ce qui pourrait être une épée sous son manteau, l'autre se contente d'un sourire riche de sous-entendus. La caméra descend jusqu'à ses pieds, une valise inquiétante y attend son heure.
Traveling descendant sur une zone rurale qu'un train traverse de l'horizon vers le premier plan, la caméra se place à côté même du train sans changer d'axe.
Puis plan à l'intérieur d'un wagon assez classique aux planches disjointes, au sol couvert de paille mais le regard remonte vers le plafond, étonnamment haut et orné, d'une boule à facettes. Un homme emprunte la porte au fond pour passer dans un autre wagon, la caméra se fixe sur lui.
Nouvelle vue dans ce qui semble être un appartement mais le bruit ambiant, bien que discret, nous confirme que nous sommes toujours à bord du train mais dans un autre wagon. L'homme de la scène précédente entre et ferme la porte pour continuer son chemin. L'ambiance est blanche, le sol est couvert de draps et de corps endormis, Des photos d'actrices de l'âge d'or d'Hollywood ornent les murs. Un homme en smoking dort debout, une coupe de champagne à la main, oscillant sans cesse pour ne pas perdre son équilibre. Une espèce de rat géant furète discrètement cherchant des choses à voler.
Yoshi se réveille entre les seins d'une fille dont on ne voit pas le visage caché par ses cheveux. Il écarte les cheveux et aperçoit un masque de monstre en latex dotée de petits bras supplémentaire. Il remet les cheveux précipitamment et porte la main à son crâne en prise à une migraine. Kyoko est déjà réveillée et surveille une belle jeune femme encore endormie.
Kyoko : Tu es réveillé ?
Yoshi: : Ouais.
Kyoko : Ta nuit a été bonne ? T'avais enlevé quelqu'un hier ? Je me rappelais plus.
Yoshi : Ça ? Non. C'est quelqu'un du train. Et toi ?
Kyoko : Moi ? Une humaine à ce qu'on dirait. Mais non, on a vachement parlé mais j'ai… je ne me suis pas sentie…
Yoshi : T'as pas osé ?
Kyoko : Mouais non, c'est pas ça mais bon, on n'a pas abordé tous les sujets quoi
Yoshi : Elle aime pas les filles ?!
Kyoko : Je sais pas… et ça me ronge. J'en ai marre d'être timide comme ça tu peux pas savoir. Toi tu oses au moins.
Yoshi : Oui bon, en même temps on n'est pas obligé de parler de moi là, si tu vois ce que je veux dire
Kyoko : Non mais certes t'as pécho un Golrog mais … ouais non, t'as raison, vaudrait p'têt mieux pas en parler finalement.
Yoshi : Bon tu vas arrêter ?
Kyoko : Non, non, c'est vrai, au fond, tu es dans le vrai, je préfère être à ma place qu'à la tienne, tu as vu juste.
Yoshi : OK bon moi, là, ce que je propose c'est qu'on change de sujet de conversation parce que… ben par respect pour ce Golrog dont la vie privée ne nous concerne absolument pas ! D'ailleurs, dans son intérêt, tu vas me jurer de ne parler de ça à personne Kyoko, d'accord ? Oulah, j'ai mal à la tête moi.
Kyoko : Attend chut elle se réveille ! J'espère que ça va bien se passer.
Yoshi : Tu me le jures Kyoko ?
Kyoko : Tu te rappelles d'elle ? C'est la danseuse. Je crois qu'elle t'aimait bien.
Yoshi : Kyoko ! J.. Jure !
La danseuse : Oh salut ! Vous êtes toujours là ? C'est cool.
Kyoko : Salut tu veux que j'aille te chercher un truc dans le frigo ?
La danseuse : Tu m'avais pas dit qu'il y avait des cadavres dans votre frigo ?
Kyoko : Si mais il y a aussi du lait.
La danseuse : Non, un petit café ça ira. Oh t'es là aussi Yoshi. Comment ça va ? Bien dormi ?
Yoshi : Bah à part un tout petit mal de crâne.
La danseuse : Dis donc, t'étais à fond hier, on pouvait plus t'arrêter !
Yoshi : Ouais non mais c'est clair, j'avais un peu bu, d'habitude je bois jamais alors je tiens pas super bien l'alcool.
La danseuse : C'est pas ce que tu disais hier. Toujours en galante compagnie à ce que je vois !
Yoshi : Ah ouais non mais… euh. Ah Elle ? Non, je me suis couché là parce que je ne trouvais plus de place, je sais même pas qui c'est.
Kyoko : Ah bon, moi j'aurais juré qu'elle portait ta chemise.
Yoshi : Ah ouais, ah ouais mais ça veut rien dire, ça hein, des fois comme ça on peut passer sa chemise à quelqu'un qui a froid hein. Et euh sinon, ça va ? Ça t'embête pas qu'on t'ait un peu arraché à ta vie là, je veux dire enlevée comme ça et tout ?
La danseuse : Bah non, au moins, je sens qu'avec vous on va s'amuser.
Kyoko : J'ai dû déjà te le dire quarante fois mais tu danses super bien, hein ?
La danseuse : Kyoko, c'est gentil mais ça va devenir gênant au bout d'un moment. Tu m'avais promis d'arrêter avec tes compliments.
Kyoko : Oui je sais mais… j'y arrive pas.
La danseuse : Ah Yoshi, on dirait que ta conquête se réveille.
Yoshi : Ah, salut chérie ça va ? Non mais tu sais, il est encore tôt hein tu devrais dormir, c'est bon pour chasser les cernes. Non, non, j'ai pas voulu dire que tu avais des cernes mais, tiens, tu vas te recoucher là, mais si. T'inquiète pas, je veille sur toi, hein ? Non non, tu restes couchée je te dis. Je m'occupe de tout. Non Bouge pas, tu bouges pas j'te dis. Tu bouges pas là !
La danseuse : Sinon vous enlevez beaucoup de gens en moyenne, genre par mois ?
Kyoko : Oh tu sais ça varie selon les endroits, les moments, ce que nous demande nos commanditaires, les Phasmes, on est censés pratiquer des expériences, collecter des informations…
La danseuse : En vue d'une invasion, c'est ça ?
Kyoko : Oui, c'est ça mais on sait très bien qu'on travaille pour rien. Ca fait genre quatre mille ans qu'ils prennent des renseignements pour rien. A chaque fois, ils disent qu'ils vont coloniser telle ou telle planète mais à chaque fois, ils finissent par se trouver une bonne raison de ne pas y aller, tu vois ? Et ils le font pas.
Yoshi : Voilà, tu… restes tranquille, dors encore un peu, comme ça, c'est bien. Tu… Non ! Reste là je te dis. Veux-tu ! Ah là là, j'la connais pas mais alors quel tempérament.
La danseuse : Ben, c'est un Golrog non ? Un corps de femme, une tête de… de…
Yoshi : Ah tu… tu savais ?
Kyoko : Faut dire que vous avez pas été très discrets toute la nuit, on s'entendait même plus parler.
Yoshi : Ah. Bon j'vais p'têt la laisser retourner dans son wagon alors. Son éleveur doit s'inquiéter.
La danseuse : Ben oui sinon c'est un peu cruel quand même.
Yoshi : Allez, retourne dans ton wagon, toi. Mais oui je passerai t'amener du foin. Plus tard dans la journée. Allez allez file !
Kyoko : Non mais c'est vrai qu'il se sent très seul en ce moment, c'est terrible.
La danseuse : Bah c'est pas grave hein ?
Yoshi : Je… je vais peut-être aller faire un brin de toilette.
Kyoko : Le pauvre.
La danseuse : N'empêche qu'il est craquant hein ?
Kyoko : Qui Yoshi ? Bâoeuhfff oui, il est pas mal mais bon, y'a mieux, hein, tu mérites vraiment mieux quoi. Plus… classe, moins heu, tu vois… poilu, non, oublie ce que j'ai dit, je suis pas, je me sens. Bon je… je vais peut être faire un brin de toilette aussi, moi, en fait.
La danseuse : Dans la même salle de bains que lui ?
Kyoko : …
La danseuse : Oh je peux venir avec toi ?
Kyoko : Euh… si tu y tiens.
Lors de la scène suivante on peut voir le train ralentir, entrer en gare et s'arrêter. Le Capitaine du train krabot Lodge descend suivi par Mr. Saturne. Il s'étire et déclare :
Lodge : Allez les enfants, on est arrivés en gare de Montigny. Montigny : 24 heures d'arrêt. Tous ceux qui ont des missions à remplir, -vous vous y mettez immédiatement ! Quand à nous les Phasmes, nos généreux commanditaires nous a donné quelques restaurants à tester d'ici demain ! Allez on se bouge, y'a du boulot !
Puis nous retrouvons Yoshi et Kyoko confortablement installés dans une taverne, une caméra face à eux. Yoshi arbore un air exagérément cordial tandis que Kyoko semble taciturne. Ils n'attendent pas pour parler que leur interlocuteur s'arrête et ont une tendance à parler de plus en plus vite, jusqu'au ridicule et de cette conversation prétendue érudite ne nait que confusion.
Yoshi : Et nous voici donc dans la magnifique ville de Montigny, à 150 kilomètres de Paris, ville où fut proclamée l'alliance historique entre Simon de Montfort et Amaury, ducs de Bretagne, alliance qui permettra en moins d'un siècle d'élever ce que l'on peut déjà appeler une ville là où se tenaient une vaste lande marécageuse percée de collines d'où le nom de Montigny.
Kyoko : Pardon, Yoshi de vous interrompre mais il semble qu'il y ait débat sur le rôle réel qu'ont pu exercer ces seigneurs bretons sur le devenir de la région car s'il est communément admis que le roi….
Yoshi : Je ne peux que vous rejoindre dans cette précision Kyoko car Simon de Montfort, celui là même qui mourra écrasé par une pierre tirée d'une catapulte manœuvrée par des femmes…
Kyoko : Non pardon l'anecdote est connue mais le Simon de Monfort que vous évoquez ne…
Yoshi : C'est rigoureusement exact Kyoko et je vous remercie de le préciser mais ce qui cristallise notre intérêt aujourd'hui, c'est, comment, à travers une architecture, datant de l'époque médiévale jusqu'à nos jours, architecture très particulière puisque, jusqu'à l'assèchement total des marais, certaines constructions qui s'apparentaient à un style de bâtiments dit "lacustre"…
Kyoko : Je ne suis pas d'accord ! Ce n'est pas polémiquer pour polémiquer que de bien vouloir admettre qu'au regard de la politique internationale de cette époque, la France se trouvait, vis-à-vis de ses rivaux européens, en grand besoin de…
Yoshi : Et je vous rejoins tout à fait sur ce point, bien sûr mais savez-vous que le pape Léon XII offrit à la ville les reliques d'une sainte, Sainte félicité pour ne pas la nommer, superbe relique que nous pouvons encore…
Kyoko : C'est absurde, nous ne parlons même pas du même Montigny, Je m'inscris en faux !
Yoshi : Evidemment, les vieilles querelles opposant Montigny Sud à Montigny Nord sont encore vivaces…
L'inconnu : Excusez-moi !
Yoshi : Oui ? Qu'y a-t-il ?
L'inconnu : Vous êtes bien les extra-terrestres de la télévision, non ? Je vous ai vus sur le câble ! Vous enlevez des gens, c'est ça ?
Yoshi : Hè bien, je ne nie pas que cela nous arrive mais…
L'inconnu : Mais oui ! Beg mel ruz ! Bern Kaoc'h ! C'est bien vous ! Toull Revr ! Vous v'nez sur notre planète enlever nos femmes et nos jeunes filles ! Bande de Gwiz kozh ! J'vous laisserai pas faire inpunément. !!! Pin-pon !
Il les fixe avec une extrême intensité, yeux exorbités, barbe en avant, puis l'homme se lève et, faisant taper bruyamment sa canne sur le sol à chaque pas, se dirige vers la sortie sans cesse de crier "Pin-pon !" comme si cela était particulièrement choquant et qu'il s'en trouvait totalement indigné. Nos deux héros, éberlués mais stoïques le regardent s'éloigner et s'apprêtent à reprendre leur discussion…
Yoshi : Veuillez nous excuser pour cette inter…
… quand on entend un bruit d'accident de voiture et le cri d'un homme qui chute de quelque hauteur suivi d'un nouveau fracas lorsqu'il heurte le sol, puis d'un autre et encore d'un troisième entrecoupés de râles. A chaque bruit, les personnages ont un sursaut, une crispation.
Le plan reprend de dehors alors que nos deux héros sortent de la taverne.
Yoshi : Y'a qu'une seule chose à faire : On appelle Lincoln et on embarque ce type.
Kyoko : Tu veux l'enlever ? Mais c'est pas du tout prévu !
Yoshi : On n'a pas le choix, putain de merde, de toute façon, il nous avait reconnu.
Kyoko : Si l'état major apprend ça !
Yoshi : Lodge nous couvrira. On est des corsaires oui ou non ? Si les Phasmes voulaient des enlèvements propres et soignés, ils ne nous auraient pas envoyé nous. Ils avaient pas les moyens d'envoyer leurs propres effectifs ? Alors ils assument ! Lincoln ?
L'un des wagons s'ouvre pour laisser sortir l'ambulance. Qui démarre et qui s'élance.
Yoshi : On a un boulot pour toi !
La scène reprend filmée comme la scène 6, le temps que l'ambulance se gare. Puis l'intérieur de la voiture est filmé depuis le capot avant.
Kyoko : Salut Lincoln, tu tiens la forme ?
Lincoln : Oh, c'est pas mal, c'est pas mal, j'attends ma prochaine séance de catch-chatouille avec impatience en attendant je fais du yoga nu. Autant que possible et vous ? On n'a pas su résister à la tentation ?
Yoshi : Non, c'est un malade qui nous a reconnu et qui s'est payé un accident. On l'a même pas touché.
Lincoln : Sérieux ?
Yoshi : J'te jure !
Kyoko : Pour une fois qu'on n'a rien fait !
Yoshi : Complètement barge le type ! En marge de tout ! Il s'est balancé tout seul par inadvertance.
Lincoln : M'étonnerait qu'il soit aussi barge que ma femme ceci dit.
Yoshi : Ouais ben il est pas loin, à part que c'est pas une calculatrice, lui. Prend à droite.
Kyoko : Hè d'ailleurs t'as vu le prochain C8X20 qui va sortir ?
Yoshi : Non, ils vont déjà en sortir un autre ?
Kyoko : Ouais avec un max de nouvelles fonctions, une mémoire cash de 120 K, un proç. cadencé à 200 Meg et un écran ultra plat, compatibilité descendante et tout.
Lincoln : Faut descendre jusqu'en bas ? Ah ouais forcément s'il est passé par-dessus la rambarde.
Yoshi : Y'aura le même porte clés avec la petite nana japonaise que pour le C8X10 ?
Kyoko : Carrément ! Et en plus elle est livrée avec un étui décoré de petits lapins kawaï ou d'un ventilateur violet fluo au choix.
Lincoln : Ca descend autant que mon salaire là ! En plus c'est tout en serpentins, on croirait le nouvel an chinois.
Yoshi : J'parie que j'l'achète avant toi !
Kyoko : Accroche-toi bien alors, j'ai déjà réservé ma place dans la queue VIP le jour de la sortie.
Lincoln : Vous savez ce qu'elle dit ma femme ? Elle dit que dans les partis de gauche, je parle politique là alors on écoute s'il vous plait.
Yoshi : Si j'le précommande en import, j'te nique !
Kyoko : Ouais, si aucun douanier ne tombe sur le colis sinon, c'est toi qui te nique tout seul.
Yoshi : M'en fous, j'tente quand même.
Lincoln : Ouais, elle me dit que dans tout parti qu'il soit de gauche ou de droite, il y a aussi une gauche et une droite et comme ça jusqu'à l'infini !
Kyoko : Sérieux ? Hè, est-ce que je pourrais profiter du colis ?
Yoshi : Qu'est-ce que tu veux t'acheter ?
Lincoln : Sauf que dans les partis de gauche, ça s'inverse : La gauche devient la droite et le contraire et bon, j'lui dis : ça veut pas dire que les démocrates de gauche sont des républicains conservateurs néo-libéraux ?! Si ? Elle a dit que j'étais un con.
Kyoko : Le coffret collector de Tengen Toppa Gurren Lagann et un tout petit Maro-mi en peluche, tu sais la petite bestiole de Mōsō dairinin! Allez sois chic !
Yoshi : Bon je vois pas comment je pourrais m'opposer à une aussi noble cause.
Kyoko : Tu es mon Dick Turpin !
Lincoln : Les gars je crois qu'on va avoir un problème.
Un chien bloque la route. Yoshi et Kyoko descendent pour tenter un concerto de "petit petit" et des "susucre" "susucre" mais le chien parait assez mal embouché et ne répond que par des aboiements sans vraie menace mais nos protagonistes semblent parfaitement épouvantés et la musique souligne cette tension. Yoshi ne s'avoue pas vaincu et avise les portes des immeubles voisins. Il entre dans la première, suivi de près par Kyoko qui, comme nous, se demande ce qu'il va faire.
Il vérifie la tuyauterie et ressort pour s'engouffrer dans l'immeuble suivant. Là, il s'engage dans l'escalier, annonçant fièrement
Yoshi : 4ème étage !
Parvenu sur le palier il donne un violent coup d'épaule dans une porte et pénètre dans un appartement. Sur le sol git une vieille dame morte. Il la regarde d'un air assez satisfait et annonce
Yoshi : Déshydratation ! Bon Kyoko, tu es prête à courir ? On va avoir très peu de temps.
Kyoko : Mais qu'est-ce que……
Il transporte déjà le cadavre jusqu'à la fenêtre et le jette. Il se rue alors dans l'escalier tandis que des aboiements retentissent.
A l'extérieur le chien se jette sur le cadavre et commence à le dévorer furieusement. Le pilote exprime sa joie d'un signe du pouce qu'il a griffu.
Yoshi : Ambulancier c'est un métier ! Il me fait tout le temps le coup, je commence à connaître.
Kuoko : Tu es d'une laideur !
Après un fondu enchaîné on les retrouve dans l'ambulance, claquant les portières.
Lincoln : Dites, votre client là, vu qu'il est tout en bas, si on suit la rue qui descend, on va finir par arriver trop tard. Vous permettez que je passe en mode Vol-direct ? On ira plus vite comme ça !
Yoshi : Ben ouais, fais comme tu sens.
Le pilote enclenche alors un bouton sur le tableau de bord. L'ambulance s'élève au dessus du sol passe au dessus de la rambarde et atterrit à côté du blessé, devant un restaurant chinois dont la devanture se caractérise par une vitrine-cascade.
Yoshi : Euh, excuse moi hein, euh, j'ai juste une, euh, toute petite question là. Rien de méchant hein.
Kyoko : Oui, je crois que j'ai la même d'ailleurs.
Lincoln : Ouais, allez-y. qu'est-ce qu'y a ?
Yoshi : Heu, en fait, si j'ai bien compris, t'aurais pu faire ça depuis le début ? Hein ? J'ai bon ?
Lincoln : Mouais.
Yoshi : Alors, juste, ben, pourquoi tu… pourquoi tu l'as pas fait en somme ?
Lincoln : Ah oui, c'est vrai, j'avais pas pensé.
Yoshi et Kyoko se heurtent à un problème de nature philosophique qui compromet leurs chances de soigner leur patient.
Kyoko : Ça va pas le faire Yoshi, on n'a pas le droit d'agir comme ça. Je vote pour qu'on le laisse ici.
Yoshi : Mais regarde, il est tout décapité !
L'étranger : J'ai mal !
Yoshi : On ne peut pas le laisser comme ça, franchement Kyoko, c'est pas notre genre quand même.
Kyoko : On ne doit pas se mêler de la vie des gens comme ça, parce que ça heurte notre bonne conscience, c'est de l'ingérence. Il est tombé tout seul. Moi aussi je voudrais l'aider mais on risque de bousculer le continuum espace-temps si on pousse la barre trop loin. Ça pourrait faire imploser l'univers tout entier. On pourrait partir maintenant, il ne sait pas qu'on existe…
Yoshi : Kyoko ! Il nous a parlé tout à l'heure.
Kyoko : J'ai rien entendu moi !
L'étranger : Aidez-moi.
Yoshi : Et là ? Y'a pas eu comme un bruit genre ? Ecoute il nous a demandé de l'aider. Ce n'est pas de l'ingérence, il est en danger de mort.
Kyoko : Ça ne cesse d'être de l'ingérence qu'à partir du moment où il nous demande l'asile politique et il ne l'a pas fait que je sache.
L'étranger : Accordez-moi l'asile politique !
Yoshi : Là il l'a fait.
Kyoko :Mais il n'existe aucun accord international entre les Phasmes et le gouvernement de ce pays. Et même nous n'avons pas l'autorité pour accepter, nous sommes des corsaires, des mercenaires, des sans nation fixe. Nous pourrions créer le premier incident diplomatique inter-dimensionnel, on ne doit pas courir le risque de déclencher un conflit. Ecoute je te demande ça pour le bien du monde !
Yoshi : Kyoko ! On se contente de le soigner et pour l'aspect politico philosophique, on demandera à Mr Saturne. Ça te va ?
Kyoko : C'est sûr que si on est couvet par Mr Saturne, ça peut aider mais…
Yoshi : Allez Lincoln, on embarque le blessé. Hé ! Et n'oublie pas la tête !
Kyoko : On va se faire démonter la tronche.
Kyoko et Yoshi montent dans le train. Ils ont dû entrer par le wagon boucherie car c'est bien ce type de commerce qu'évoque l'endroit à la pénombre près. Kyoko avoue à un vendeur occupé derrière son étalage s'il peut soigner son blessé. Ainsi renseigné nos héros passent donc à un autre wagon
Yoshi : Salut Ousoum, on a un blessé, tu peux t'en occuper ?
Ousoum. Salut Yoshi. Ça va bien ? Ok je vois qu'il est bien amoché, il va me falloir de la médecine locale qui coûte cher je facture à qui ?
Yoshi : Essaie de faire passer ça en frais d'entretien ou un truc comme ça.
Ousoum : Je peux pas faire ça Yoshi, ça va se voir. Salut Kyoko.
Kyoko : Salut Ousoum. On est en train de se mettre dans la merde !
Ousoum : Si tu veux je mets ça sur le compte du Bosco mais il va vous demander des explications.
Yoshi : Ouais ben justement, c'est ce qu'on aimerait éviter tu vois ?
Ousoum : Yoshi, Y'a un truc que je voudrais te dire mais je sais pas si…
Yoshi : Qu'est-ce qu'il y a ?
Ousoum : Nan, rien laisse tomber, j'sais même pas pourquoi je t'en parle. D'abord j'ai pas à le faire, je ne suis pas dans ce train depuis très longtemps et je suis moins gradé que toi.
Yoshi : Non mais tu es sérieux là ? Tu pense que tu peux pas me dire des trucs parce que je suis plus gradé que toi ? Tu rigoles pas ?
Ousoum : Ben ouais, je suis censé t'obéir dès que tu me donnes une consigne, pas l'ouvrir si j'ai un pet de travers dans mes conditions de travail, c'est comme ça que ça se passe, non ?
Yoshi : Bon, tu vas arrêter tes conneries et me dire ce qui te tracasse, franchement, je sais même pas quel grade j'ai et je crois bien qu'à part toi ici, tout le monde s'en tape du grade. En plus, je pense que je suis plutôt cool et que si t'as un problème, je suis justement de ceux sur qui tu peux compter alors fais moi plaisir et ne me parle plus jamais de cette absurdité. Je suis pas comme ça, j'ai jamais été comme ça, c'est carrément contre mes principes. Vas-y allez, c'est bon, fais comme si on était frères et qu'on cachait le même secret honteux, la même mère internée dans un hôpital psychiatrique, je m'en fous, lâche ce que tu as sur le cœur même si ça doit me heurter, je sais pas, je t'écoute.
Ousoum : Yoshi, tu me fais faire que des trucs illégaux et, pour tout dire imbéciles, excuse-moi hein, je te dis ça parce que je t'aime bien mais bon dans l'ensemble, à chaque fois que je pose les yeux sur toi, je te trouve … ben, méprisable et à la limite de la clochardisation. Tu refoules un peu, bon, faut dire ce qui est et tu es d'une bêtise à faire peur, ah non mais réellement.
Yoshi : … ouais je… je prends ça comme un point de vue mais enfin, je suis vachement à cheval sur l'hygiène, je dis pas ça pour me justifier, juste c'est vrai.
Kyoko : Non c'est pas vrai, Yoshi, se lave même parfois trois fois par jour ! Bon, pour le reste je trouve que t'as raison.
Ousoum : Bon, du coup je facture à qui ?
Yoshi : T'as qu'à mettre ça sur le compte de quelqu'un qui n'est pas là en ce moment comme Elisabeth. Voilà, très bien ça. Facture Elisabeth.
Ousoum : Et comment Elisabeth se ferait soigner ici, dans ce train, alors que justement, elle n'est pas là ? Tu vois, tu comprends rien à rien quand on te parle, toi.
Yoshi : Hé dis donc, tu me gonfles là quand même, tu mets ça sur le compte d'Elisabeth et puis ça ira bien.
Ousoum : Mais je te dis que ça va se voir. Je me suis déjà fait pêcho le mois dernier à cause de tes conneries, si ils nous piquent une deuxième fois, ils vont me demander de quitter le train et moi je sais pas où aller, tu vois ?
Yoshi : Dis donc le bleu, si je comprends bien, tu refuse d'obéir à un ordre de on supérieur direct ? T'as visiblement oublié qui de toi ou de moi donne des instructions à l'autre on dirait ! Moi je sais pas mais je trouve que ça sent le trou par ici. Ca sent la corvée de chiottes ! Et pour très très longtemps à ce qu'il semble. On voudrait semer l'anarchie qu'on ne s'y prendrait pas autrement ! J'ai bien envie de te donner quelques exercices de discipline histoire de tester ton degré d'obéissance.
Ousoum : Ok ça va, c'est bon, comme d'habitude, illégal et stupide !
Yoshi : Quoi ? Qu'est-ce que j'ai entendu là ?
Ousoum : Mettez votre blessé devant la cage à œufs.
Ce dernier le renvoie à une boîte à œufs à 12 places occupées par des sortes de.Salacious qui, sur l'impulsion d'Ousoum, vont se mettre à effectuer une manière de chorégraphie, un drôle de spectacle joyeux, très court et très énervé. Une chanson rigolote intitulée "C'est pas pour ça qu'on va t'aimer"
Une fois la chanson terminée, Yoshi donne le ton.
Yoshi : Bon ben falloir aller voir monsieur Saturne maintenant. Faut qu'on règle cette histoire d'extradition.
Kyoko : D'asile politique, pas d'extradition. C'est juste le contraire.
Yoshi : De toute façon quand on colonisera l'humanité, tout ça ne voudra plus dire grand-chose.
Le Wagon de Mr Saturne a été décoré par un artiste post-graffiti. M. Saturne, assis dans un sorte de trône en plein milieu de la pièce est occupé à goûter un cocktail que lui font boire cinq femmes vêtues comme Salomé. Dès leur entrée, il salue Kyoko et Yoshi qui lui exposent très concisément leur problème. Il se lève alors pour leur donner conseil et l'on peut s'assurer que pour cet homme, le look est tout. Oui car en fait de conseil, passé un salmigondis impénétrable et quelque peu agacé par la dévotion dénue d'initiative que lui portent nos deux héros, il semble improviser une solution plus concrète : Un braquage philosophique.
Ils entrent en marchant sur la ponte des pieds. Mr Saturne est assis au milieu de la pièce dans une espèce de trône sculpté, une coupe à la main, entouré de femmes très légèrement vêtues. S'avisant de leur présence, il se lève et se dirige vers eux, l'air avenant.
Mr Saturne : Salut à vous my good friends, comment allez-vous ? Et surtout qu'est-ce qui vous amène ?
Yoshi : Hè bien bonjour, en fait on aurait bien aimé pouvoir vous poser une question. Vous êtes disponible ?
Mr Saturne : Disponible signifie bien ordonné, le saviez-vous ? Or, je suis, comme vous le savez, tout en désordre et en insubordination. Serais-je reposé alors ?
Kyoko : Aucune idée.
Mr Saturne : En latin reposer veut dire "donner du loisir". Ah non, my good friends, pas de loisir pour le pauvre Saturne ! Mais je me plains, c'est insupportable. Je me punirai pour cela. Je vous conjure de bien vouloir jeter un voile pudique sur cet auto-apitoiement un tant soit peu lénifiant, convenons-en, mais cruellement dépourvu de toute élégance, je le crains, je vous en serai, vous le présumiez, redevable à jamais... et ce quelque soit le manque d'ampleur du sujet de cet épigramme. (il parle de lui là)
Vague silence…
Yoshi : Euh oui oui, d'accord.
Mr Saturne : Mon insignifiante reconnaissance vous est donc acquise. Alors ouvrez-vous à moi de vos contrariétés.
Yoshi : Oui, non, je voulais dire qu'on ne souhaitait pas vous déranger quoi.
Kyoko : Oui bon ben ça va, il a compris là. Viens-en au fait maintenant. Ca sent quoi ici ?
Mr Saturne : Hè bien, je travaille sur un parfum qui serait, disons, l'âme de Montigny, à base d'écorces et de baies des arbres et haies remarquables que j'ai trouvé à la mairie. Qu'en pensez-vous ?
Kyoko : C'est musqué !
Mr Saturne : Attention, le contexte délétère de la pièce joue un peu. Essayez de bien distinguer les fragrances les unes des autres, j'ai plusieurs parfums en élaboration ici.
Kyoko : Ah oui, c'est pour ça, tout cet alcool dans l'air ça tourne un peu la tête.
Mr Saturne : En plus on se préparait une fondue à l'armagnac là. Vous auriez des idées d'ailleurs, pour les gages ?
Yoshi : Bon Kyoko, on peut revenir au sujet ?
Kyoko : Excuse-moi.
Mr Saturne : Qu'est-ce qui vous préoccupe ?
Yoshi : Ben voilà, Imaginons que pour une raison x...
Mr Saturne : Ah c'est un cas d'école alors ?
Yoshi : Parfaitement ! Imaginons qu'un humain, mais il est blessé hein, il saigne de la gorge, enfin là, sur le côté là, de là à là à peu près mais bon, ça ne coule pas trop parce qu'il a une espèce de col étrange là, avec une ficelle ou un truc qui fait un peu garrot quoi.
Mr Saturne : Un cas d'école très précis.
Kyoko : Un peu trop précis même.
Mr Saturne : Et ?
Yoshi : Et ce type, imaginons hein, nous demande l'asile politique ?
Mr Saturne : Ah ?
Yoshi : On accepte ou pas ?
Mr Saturne : La réponse est évidente ! Et je dirais même liquide.
Yoshi : Ça veut dire qu'on accepte ?
Kyoko : Je lui ai dit qu'on n'est même pas ressortissants de quoi que ce soit.
Mr Saturne : Mon ami, avant de s'interroger sur la noisette, que fait l'écureuil ?
Yoshi : Il la mange ? Non il la cache pour l'hiver!
Mr Saturne : C'est ce que je voulais savoir. C'est donc ça la réponse… pour toi ! Et si elle est vraie pour toi alors elle est vraie tout court. Bien, l'action ayant eu préséance sur la réflexion, que faut-il maintenant se demander ?
Yoshi : Je sais pas. Quoi ?
Mr Saturne : C'est très lacanien, tout ça, très nouvelle cuisine de l'esprit je veux dire. Vous n'avez plus besoin de conseils ni de prescription, à présent, tout votre besoin n'est plus qu'argumentation.
Yoshi : Ah bon ?
Mr Saturne : Disons ceci plus simplement : Vous êtes à présent une question, une question à laquelle on ne peut pas répondre par oui ou par non, pas une question fermée pour les esprits à l'avenant. je la formule : Pourquoi ce… ce type, ce… cet homme vous demanderait-un truc pareil ?
Yoshi : Euh Ouais, ouais ouais.
Kyoko : Parce qu'on refusait de le soigner. On refuserait, je veux dire.
Mr Saturne : Donc si vous deviez accepter, est-ce que, d'après vous, il demanderait toujours l'asile politique ?
Yoshi : Sûrement pas, il saigne !
Kyoko : Mais si justement, réfléchis.
Mr Saturne : Donc cette question là ne nous conduit qu'à deux options. Mais j'ai cru comprendre que la réponse était oui ! Est-ce que j'ai bien entendu ?
Kyoko : Ben oui, réfléchis !
Mr Saturne : Aaaah du positif ! C'est bien. Maintenant, comment vous expliquer cela sans vous embarrasser avec de lourds concepts de théorie diplomatique ?
Kyoko : Ben voilà, exactement comme vous dites.
Mr Saturne : Dans une micro cosmogonie ou un petit cosme comme un petit pois bleu ou rouge, oublions le vert par pitié, quand plusieurs entités co-existent, ce qui fait valeur de loi, c'est de contribuer au bien-être des autres tout ou partie, vous me comprenez ? Ce que l'on appelle par raccourci "faire le bien".
Yoshi : Aaah ouais "faire le bien".
Mr Saturne : Donc si vous souhaitez faire le bien, demandez-vous d'abord à qui cela va profiter. Et vous saurez alors quel dieu vous êtes en train de prier.
Yoshi : Ben en même temps il saigne !
Kyoko : Vous voulez dire que ça pourrait représenter un intérêt stratégique pour les Phasmes ?
Yoshi : Attendez ! Quoi ??? Dieu saigne, c'est ça ? Mais c'est vachement grave ! Ah non ? Ok.
Kyoko : Non Yoshi, tu voudrais pas la fermer là, juste ?
Mr Saturne : Un intérêt stratégique ? Par exemple, oui.
Kyoko : Tu vois Yoshi, il suffit de bien écouter pour comprendre.
Mr Saturne : Mais quel est en réalité le statut qu'une société telle que celle des Phasmes accorde aux réfugiés politiques ? Sont-ils stricto sensu autres que des otages potentiels ? Nous pourrions extrader cet homme en cas d'accord bilatéral mais pour l'inverse... et quand bien même nous ignorons tout de la citoyenneté que notre acte va lui octroyer, n'est-ce pas ?
Kyoko : Oui, je commence à comprendre.
Yoshi : J'avais pas un sandwich à la main moi tout à l'heure ?
Mr Saturne : Et puis après tout, puisque c'est sur son impulsion que nous en arrivons à nous poser cette question, il faut prendre en compte son individualité et la marge de liberté dont il sait profiter.
Kyoko : Bien sûr, c'est évident.
Yoshi : Oui, je commence à, si si, d'accord, c'était donc ça.
Mr Saturne : Vous ne vous êtes pas demandé s'il était inconcevable qu'il se trouve envers son gré amené à choisir de se soustraire à son mandat fondamental ? Lequel autrement l'aurait conduit à retourner en dépit de son propre bénéfice une situation qui n'est apparemment pas globalement contre-productive ? Non ? Je ne sais pas ! En tous cas si l'on en juge par ce qu'il vous demande ! Et en plus une situation peu éclairante sur le plan de la jurisprudence internationale, comme par coïncidence ! Vous trouvez ça abstrus, ou pas ? Moi cela me ferait plisser le front à votre place !
Kyoko : Peut-être… heu… que non… ou alors…
Mr saturne ; Bon, je crois que vous tenez votre réponse, non ?
Yoshi : C'est clair (pas du tout convaincu), je me disais bien. Merci beaucoup.
Kyoko : On a... non mais alors là, c'est… OK : Personne n'a rien compris. Enfin ni lui ni moi.
Yoshi : Serrez les sourcils, comme ça, très fort et tout va s'illuminer dans votre tête.
Kyoko : Bon et sinon si on voulait vous demander d'assurer la partie financière de l'opération par exemple, c'est un exemple, vous diriez quoi ?
Mr saturne : Tout ça n'est pas grave, les gars, ne vous laisser pas prendre au piège de situations que vous avez-vous-mêmes crées, réagissez avec votre sang, vos propres gestes, reprenez les rênes de vos vies, les rêves de vos rêves, faites à votre manière habituelle : Allez dans un… endroit public quelconque avec plein d'armes lourdes et un gros stock de munitions puis canardez tout ce qui passe ! Acte libre ! (Rock n'roll !) Tout n'est qu'acte libre.
Kyoko : Ah bon.
Yoshi : Ouais.
Les deux capitaines de train sont attablés occupés à déguster un peu salement le fameux magret de canard en croûte de Montigny et non sans dédain les différents mets qu'on leur propose tout en débattant dans une grotesque caricature. Le journaliste du début revient en surimpression se plaindre que le reportage qu'il a annoncé ne se déroule pas conformément à ses souhaits. Autour des deux capitaines la scène glisse donc petit à petit vers l'orgie juste pour lui donner raison. Les images de cette scène sont mêlées en cut-cut à celles de la précédente.
13 bis - Alternative
Dans cette scène, nos deux compères vont assister à une sorte de répétition de leur propre braquage. Ils désirent initialement échanger de l'argent de leur dimension contre de l'argent terrien mais ils se trouvent confrontés à un jeune homme qui refuse leur demande. L'un d'entre eux s'énerve et abat froidement le type, lui faisant un trou dans la tête de la taille d'un petit melon.
Les deux capitaines de train sont attablés occupés à déguster un peu salement le fameux magret de canard en croûte de Montigny et non sans
Kyoko : Bon comment on fait pour le paiement de l'opération alors ?
Yoshi : quoi l'opération, tu rigoles ? Ils lui ont juste chanté une petite chanson !
Ousoum : Ca fait quand même huit personnes à payer plus les charges.
Kyoko : On peut p'têtre retourner chez la vieille que t'as balancé, elle devait bien avoir un petit pécule sous son matelas ?
Yoshi : Quoi tu rigoles ? Voler de l'argent à une petite vielle ? Je suis pas tombé aussi bas que ça. Non et puis en vrai j'ai trop peur du chien, j'l'ai regardé quand on est parti et il m'a paru vachement louche avec un regard de fou furieux, tu vois, genre traumatisant.
Kyoko : Ben en même temps, il mâchouillait une vielle.
Yoshi : C'est exactement ce que je dis. Je veux pas y retourner. Non mais, y'a des tas de gens qui sont assurés et qui s'en foutent de te filer de la thune qu'on leur remboursera. Ecoute tu me fais confiance ? Tout ce qu'il faut c'est leur expliquer avec les mots qu'il faut et tout ça que c'est fait dans l'intérêt mutuel, qu'on est dans du gagnant-gagnant et tout ça. Tu me fais confiance oui ou non ?
Kyoko : Ouais ouais, bien sûr.
Kyoko et Yoshi entrent dans un magasin armés d'un revolver et se la jouent dépassés par leur propre violence en plein shoot d'adrénaline comme dans un film de Tarantino.
Yoshi : Ah, excuse-moi petite mais comme on vient pour un cambriolage, tu sais ce que c'est ? Est-ce qu'on pourrait plutôt parler à ton père ?
La petite : Mon papa, il est pas là, il va rentrer, il est allé acheter des cigarettes au vidéoclub.
Yoshi : Des ciga…
Kyoko : Mais vous en vendez, vous des cigarettes, il y en a derrière toi !
La petite : Oui mais on n'a pas la marque qu'il aime, c'est pour ça qu'il va les acheter au vidéoclub. Là bas, ils ont que celles qu'il aime et ils en vendent aucune autre. Pas au comptoir en tous cas.
Yoshi : Je vois ce que c'est et je présume que quand il va là bas, il met des plombes à revenir, c'est ça ?
La petite : Je dois pas parler aux inconnus.
Yoshi : Ben alors pourquoi il t'a mise derrière le comptoir hein, tu peux m'expliquer ça ?
La petite : C'est juste pour vendre des trucs et, techniquement, vous n'êtes pas des clients. J'ai que le droit de parler aux clients.
Yoshi : Euh ouais mais… tu vois, vu qu'on vient pour un braquage, on va pas t'acheter un truc juste pour que tu nous dises où est ton papa, on est d'accord ?
La petite : Alors je vous parle pas !
Kyoko : C'est bon vas-y, file-moi un paquet de clopes et on n'en parle plus.
Yoshi : Mais fais pas ça putain ! N'importe quoi. Bon c'est moi qui négocie avec la gosse d'accord ? Tu me fous en boule là ! Tu veux que je perde mes moyens ou quoi ?
Kyoko : Mais…
Yoshi : Putain ! Merde ! Faut pas qu'je perde mes moyens, tu comprends ça ? C'est im-por-tant ! On est pas en randonnée là. Il peut arriver n'importe quoi ! Alors c'est moi qui négocie et pas toi ! Quand on en a parlé, on a dit que c'était moi donc c'est moi, si tu veux la prochaine fois ce sera toi mais là c'est moi. Me fous pas en boule. Quoi, t'es pas d'accord, y'a un problème ?
Kyoko : Non mais…
Yoshi : Bon vas-y toi files lui ses clopes. Tu vois ce serait si simple si tu te montrais gentille !
La petite : Ça fait 5 euros. Payez d'abord.
Yoshi : Quoi ? Non mais tu te fous…
La petite : Mon papa, il m'a dit "Si tu trouves que les clients sont louches Béatrice, tu leur demande de payer d'abord comme ça, si ils ont pas d'argent ils s'en vont". Et je vous trouve louche, ça je peux pas dire le contraire.
Yoshi : C'est complètement con comme conseil ça ! T'es une môme de six ans, si le mec il veut se servir tout seul, tu veux me dire ce qui l'empêche de…
La petite : Sept ans !
Yoshi : Ouais bon Sept ans. Un père qui laisse sa môme s'occuper des voleurs et des voyous comme ça sans surveillance, pour aller s'acheter du kif, non mais bravo le sens des responsabilités. Et il t'a pas dit des trucs, comme ça, ton papa, pour le cas où tu te ferais braquer, non ?
La petite : Vous achetez ces cigarettes ou vous les achetez pas ? Parce que si vous les achetez pas, vous êtes pas des clients et je vous demanderai de sortir.
Yoshi : Tu veux tes cinq euros, c'est ça ? C'est bien ça hein ? Alors écoute, voilà, il fouille dans les poches de son jean, je vais te filer tes cinq euros, tu vas filer ses clopes à mon amie qui est ici et qui a déjà tiré QUINZE ANS DE TOLE POUR VIOLENCES SUR ENFANT MINEUR ET A MAIN GRAVEMENT ARMEE et puis quand ton papa va revenir, on va vous braquer, tu comprends là ? On va les reprendre ces cinq putain d'euros ! Kyoko, file moi un billet j'ai pas assez de pièces, grouille.
La petite : Dans ce cas là je vous donne pas ces cigarettes. C'est comme si vous alliez pas les payer alors c'est du vol. Vous êtes des voleurs.
Yoshi : Ben… mais évidemment que c'est du vol, regarde : On a des flingues ! Réveille-toi là.
Kyoko : Du calme, Yoshi, c'est qu'une gosse ! Ecoute petite ton papa, est-ce qu'il a un téléphone portable ?
Le père : Non. Mais il a un fusil. Il les braque et avance sans rien dire. Je vais vous expliquer ce qui va se passer à présent : Vous allez calmement poser vos flingues sur le comptoir, Béatrice sois gentille mon cœur et ramasse tout ça, et vous allez sortir très calmement de ma boutique avant qu'j'intoxique ma gosse avec l'odeur suffocante de vos cadavres explosés. Au cas où vous ne l'auriez pas noté, j'insiste sur l'importance du mot "calmement" que j'ai utilisé deux fois. Si vous n'aviez pas remarqué cette répétition et que, par exemple, vous aviez commis l'imprudence de faire autre chose que ce que j'ai demandé et ce, sur un autre mode que selon le "calmement" que j'ai demandé, je voudrais qu'il soit bien clair pour tout le monde qu'à la réouverture du magasin, d'ici une petite, disons, vingtaine de minutes, j'aurais un ou deux articles de charcuterie fine à vendre en plus, juste là, au rayon frais et étiqueté "viande bovine". Elle sera délicatement disposée sur mes étalages et il serait approprié à mon sens de débarrasser finement ce hachis de toute trace d'os ou de nerf, donc de système nerveux, cerveau y compris, de tout organe digestif et bien entendu mais cela va sans dire de tout organe de reproduction. Je pense que vous voyez le tableau.
Yoshi : Du calme, mec, du calme, inutile de s'énerver, on n'aurait pas tiré de toute façon, c'est des faux flingues, man, tu peux vérifier, regarde, tu vois ? Vas-y, c'est des jouets. Y'a rien à craindre.
Là-dessus, une fusillade éclate et Yoshi et Kyoko s'enfuient dans la rue.
Kyoko & Yoshi débarquent dans le métro station Arts & Métiers. Ils attendent le métro mais ne montent pas dedans. Quand le quai s'est vidé ils se tournent vers l'un des hublots qui ornent les murs d'un air de comploteurs et Yoshi dit Candyman, candyman, candyman. Le hublot s'ouvre et une drôle de tête en sort. Yoshi et Kyoko tentent de le covaincre de redémarrer le relai dimensionnel mais le bonhomme refuse, ils décident de laisser tomber.
Kyoko et Yoshi débarquent au Flore pour prévenir les capitaines de l'imminence de l'arrivée de la police et les pousser à redonner le départ du train afin de garantir leur fuite. En entrant, Yoshi croit reconnaître Bernard Henri Levy et manque de s'évanouir mais ce n'est que Mr Saturne qui a rejoint le lieu pour profiter de l'orgie qui s'y déroule à présent. Le Journaliste du début revient exprimer sa satisfaction à son équipe qui avoue avoir versé un peu d'argent aux protagonistes afin qu'ils collent mieux à l'image que l'on veut donner d'eux. A regrets ils doivent quitter les lieux. Le patient exprime vivement son refus de venir avec eux.
Le train repart.. L'un des wagons du train est visiblement un cabaret genre Folies Bergère (danseuses mais aussi musiciens et saltimbanques). La fille du début fait un numéro de danse suggestive encadrée de marionnettes. Puis une bouteille de champagne est sabrée en gros plan et le wagon se mue en boîte de nuit. On peut voir le patient remis sur pieds crier de colère au milieu des fêtards décalés avec son chapeau de pluie et son bâton. Dehors, le jour se lève.